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Apprivoiser le vide

  • Photo du rédacteur: Anaïs et la Nuit
    Anaïs et la Nuit
  • 4 nov. 2021
  • 4 min de lecture

L'angoisse de la page blanche, la peur du vide, de l'invisible, de ce qui n'est pas, de ce qui "naît"pas. Dans le vide, on ne peut vivre. Mais sans lui on ne peut exister. On n'a de place pour exister que parce qu'il y a des vides et des pleins. Si trop plein, alors on ne peut plus être là. Aristote disait que la nature-même avait peur du vide. Alors si le monde entier, depuis la nuit des temps, fuit ce vide où on ne peut être, il n'est pas étonnant qu'il continue de nous effrayer, et le fera ad vitam æternam. Je me suis ratatinée quand mon psy, la semaine dernière, m'a énoncé l'idée que, peut-être, j'étais pleine de ce vide. Au début, mon ego s'est pris une grande claque bien frontale. "Serais-je vide de sens ? Creuse ? Inconsistante, une coquille vide?" C'était mal comprendre ce qu'il tentait de me faire entendre. Non, bien sûr, je ne suis pas une coquille vide. On ne me parlait pas de ce vide-là, bien entendu. Mais si ma première réaction a été celle de la panique, elle en dit long sur ce qui m'effraye le plus, dans mon propre vide. Nous avons tous ce vide en nous. Mais il ne raconte pas la même chose chez chacun.e d'entre nous. Certains le comblent plus que d'autres, à coups de gestes occupationnels, de pensées, de blabla, de fumée, de relations, de sexe, de nourriture, certains l'endorment, quand d'autres parviennent à cohabiter avec.



La méditation serait un bon moyen de l'apprivoiser. La création serait une des plus belles façons de le laisser s'exprimer. Il a tant à nous révéler sur nous-même. Comme un fabuleux miroir de l'âme, il se cache parfois si profondément, et nous avons si peur de ce qu'il pourrait nous dire, ou nous montrer, que nous le taisons, nous détournons le regard vers l'extérieur. Le psychanalyste qui m'accompagne me parlait de cette recherche des artistes, cette recherche du vide. Comme une ouverture, une respiration vers un ailleurs plus significatif, nous reproduisons encore et encore ce même geste, cette intention picturale, cette mélodie, cette forme, jusqu'à ce qu'un jour, peut-être, nous parvenions à en capter l'essence. Il me parlait du sourire de la Joconde. Ce trait inimitable, si propre à cette œuvre, à ce peintre, comme le fruit d'une longue recherche, serait, peut-être, l'expression unique de cet ailleurs. Peut-être que jamais plus il n'existerait ailleurs, que jamais plus on ne pourrait le reproduire. Un jaillissement, une combinaison de pratiques, exercée à ce moment précis, pourrait être son apaisement, puisqu'aucun mot ne pourrait égaler l'existence de ce sourire.



Ce qui m'amène à te parler du manque. Car une notion n'arrive jamais seule, elle se lit en plusieurs variations, je peux, depuis quelques mois, remarquer ce phénomène. La réflexion qui m'accompagne, soit cette recherche de ma solitude, de mon vide, se traduit dans mon célibat, dans ma recherche de l'amour envers moi-même/ moi m'aime, trouver des pistes dans mes créations, dans mes relations, dans mes rêves et dans ma formation en art-thérapie éclairée par la psychanalyse. J'écrivais tout à l'heure que sans le vide, il n'y a pas d'existence. Que dans le vide total, il n'y a pas non plus de vie. Je commence à comprendre (et quand je dis comprendre, je veux plutôt dire intégrer, inconsciemment), que dans toute bonne relation, à soi et aux autres, comme dans chaque domaine de la vie, l'équilibre passe par des phases de manque, puis de plein, puis d'excès, pour retrouver l'équilibre, et ainsi va la vie, continuellement dans cette recherche de stabilité, puisque rien n'est jamais immuable. Sans manque, il n'y a pas de désir. Le désir naît du manque. Autant que, de manière très directe, tu ne manqueras de rien si ton panier est déjà plein, si l'espace est saturé, cet équilibre constant se traduit en chaque chose. Je cherche donc ma place d'être désirant, sans m'effacer, mais sans non plus prendre trop de place. Car lorsqu'on essaye de rééquilibrer les choses dans sa vie, de retrouver une place plus juste pour nous dans ce monde, il est naturel de tomber dans l'excès inverse, au début. Exemple : j'étais une enfant trop effacée, trop dans le donner et pas assez dans le recevoir, pour me rétablir je tombe d'abord un peu dans l'exact opposé, puis je tâtonne et, petit à petit, je rejoins mon centre.


En art-thérapie, et plus particulièrement dans la formation que je suis, J.P Royol élabore le concept du "souffle du neutre". C'est à travers cette ouverture psychique, cette recherche de la neutralité, que l'art-thérapeute peut ouvrir un champ d'expression possible au patient qu'il rencontre. C'est parce qu'il sait se mettre suffisamment en retrait qu'il laisse alors l'Autre s'exprimer. et par Autre, j'entends cet ailleurs, lové en chacun de nous. Je me fais alors, petit à petit, miroir de l'autre et cela m'oblige, pour se faire, à laisser vivre mon propre vide.


Je vous invite ici à écouter les silences. A écouter ce qui se dit dans les ab-sens, les petites mélodies, les petits rien, les soupirs, les interstices flottants entre deux mots, dans les regards muets, les rêves. Cela nous apprend à lire entre les lignes. C'est un exercice quotidien. C'est dans le silence qu'il se dit le plus de choses.

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